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Aventure en Guyane
à l’époque où la jungle était intacte

10 ans de vie de Robinson en Guyane à une époque ou la Jungle était encore intacte et témoignage sur sa destruction.

Mardi gras 1979
Perdu en forêt sur le Mahury
Marais sur le Mahury

Récit de ma première vraie aventure en forêt vierge sur le Mahury. Aventure où j’ai failli périr avalé par des sables mouvants !

Article mis en ligne le 27 juin 2016
dernière modification le 28 juin 2016

par Christian Voillemont
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C’est la fin de semaine du mardi gras de 1979, à la caserne c’est calme. Pas de services. J’ai plusieurs jours de liberté. Nous partons a 4, Brun, le coiffeur du Bima et deux amis civils, Bob, Blondie. Nous nous rendons en 4L à Stoupan sur le Mahury. De la nous prenons une barque alu vers la mer jusqu’à un Degrad qui mène à un abattis abandonné. Tout autour, il y a des marais et des palétuviers. Dans le lointain derrière les marais, on devine un mont. La plantation que nous cherchons est au pied de ce mont. Avant le départ, on regarde la carte. Impossible de se perdre, à droite une crique et un marais, à gauche une crique et un marais, devant le mont, derrière le Mahury et au milieu notre layon !

Premier jour

Rassuré sur ce point, on part vers le mont. Après une bonne marche en terrain parfois marécageux, nous arrivons au pied du mont. Nous trouvons les vestiges de la plantation et de nombreuses bouteilles anciennes rares. À l’époque, j’étais un broussard débutant, sans expérience, je n’étais pas capable de suivre ou de retrouver un layon ancien et je me contentais donc de marcher derrière les « anciens » perdu dans mes pensées. Très vite nous nous sommes rendu compte qu’il y avait un problème. Impossible de retrouver l’abattis, la coque alu. Le soleil tombait, la nuit arrivait, la panique commença à semer la zizanie dans cette bande de joyeux drilles et des dissensions surgirent sur le chemin à suivre, la direction à prendre… On fit le point, pas vu la crique de gauche, pas vu la crique de droite et pourtant nous étions dans un marais !

La carte n’était pas fiable ! Impossible de retrouver la montagne et des terres sèches… à force de cheminer, on a trouvé un gros rocher isolé, seul de son espèce, qui nous offrit l’hospitalité pour la nuit. Il ne voyait pas souvent du monde par ici et il nous permit de passer une nuit au sec, un mètre au-dessus du marais. Il s’amusa beaucoup de nos craintes nocturnes car, de sans vie le jour, le marais s’est mis à bouger de partout la nuit. Des cris, des hurlements, des plongeons, des barbotages proches réveillaient les plus inquiets… Nous avions fait un feu au milieu du rocher, avec difficulté car le bois était trempé par les pluies incessantes et nous avions très peu d’allumettes. Monsieur Brun, c’était transformé en « zombie ». il se voyait mort et marmonnait des phrases incohérentes, se parlant à lui-même et n’était même pas capable de ramasser du bois mort ! Moi qui le considérais comme un mentor, un broussard émérite, je tombais de haut ! Nous nous sommes partagé nos maigres rations, quelques amuses gueules, trompe la faim, qui avaient échappé à notre voracité de la journée. La nuit fut éprouvante car je fût sans cesses réveillé par Monsieur Brun qui perdaient pied petit à petit et qui ne voyaient et n’entendaient que des bruits hostiles, bruits que je trouvais tout à fait naturels et anodins. Les moustiques nous ont bouffée joyeusement mais c’était le moindre de nos soucis...

Deuxième jour

Le lendemain matin, le réveil est difficile, la nuit a été courte, il a fallu calmer les terreurs nocturnes de Brun Zombie qui retrouve un peu ses esprits. Il a l’air de se reprendre. Nous repartons, ventre vide. Pour moi, l’ambiance est à la rigolade, j’essaie de détendre l’atmosphère par des blagues, fait des farces qui ne peuvent être que vaseuse lorsque l’on a les pieds dans la boue du marais… mais bon, il faut bien rire de nos malheurs !
Ça devient inquiétant. On est en zone d’influence des marées, on voit l’eau monter et descendre. On a trouvé une crique. La suivre devrait nous mener au fleuve. Mais la suivre dans quel sens ? Il y a des bras, des méandres en tous sens, d’un côté ça va dans un sens, dans l’autre, à l’opposé. C’est infernal. On fait un pont, on traverse un bras d’eau, on est bloqué, demi-tour, on recommence plus loin, on tombe sur nos traces de la veille… ça devient pénible. On mange du cœur de palmier. Bob en coupant un arbre pour faire un pont coupe la branche sur laquelle il est assis. On le regarde incrédule. Crac, à l’eau ! Les pieds sont restés pendu en l’air ! Fâcheuse position. On le sort, il est enragé. J’ai bien ri mais pas lui. Il a perdu son humour… On fouille nos méninges pour trouver les points cardinaux, pas de soleil… On entend un canot passer, on part dans sa direction. On arrive dans de la mangrove avec de grosses vasières. Je tombe nez à nez avec un petit caïman. Le repas du soir. Je plonge pour le chopper. Lui-même plonge dans la vase. Je le touche du bout des doigts et il m’échappe sans peine. Par contre, je suis dans la mouise. Je m’enfonce dans une sorte de vase qui m’aspire vers le bas, lentement, pour faire durer le plaisir. Rien pour m’accrocher… j’en ai à la poitrine, j’essaie de me coucher pour nager. Impossible, ça fait ventouse, je descend… j’en ai au cou, je gueule, j’appelle. Je vois trois statues sans vie qui me regardent me noyer, horrifiés sans rien faire ! Blondie essaie de trouver un bois pour me tirer les autres bougent enfin mais j’en ai jusqu’à la bouche… Il y a un talus de vase, des racines de palétuvier à coté, j’ai essayé d’en attraper en vain. Je plonge mon bras à fond dans le talus. La vase est molle, je fouille cherche et trouve une racine. Ma bouche est à raz de l’eau. Ma descente est stoppée ! Ouf.. Quelques minutes plus tard, ils arrivent avec un tronc d’arbre mort. Je m’agrippe après, ils me tirent et je sort petit à petit de ma gangue de boue. Nous marchons, cherchons le fleuve en vain. La progression devient difficile dans le marais. La nuit tombe, On monte dans des arbres et on dors dans des fourches, attachés avec nos ceinturons, des cordes, des vêtements déchirés… curieusement, la nuit fût bonne, bon sommeil récupérateur !

Troisième jour :

Au petit matin, on repars, toujours le ventre vide… Un bruit de pirogue qui parait proche… Je fonce, impossible de progresser au sol dans les palétuviers, trop dense, je marche en l’air, sur les racines aériennes. La pirogue s’arrête, elle est toute proche, ils ont du m’entendre. Je crie, ils répondent. J’arrive à les voir. Je me fraye un chemin jusqu’à eux. Je leur explique la situation. Eux m’explique que j’ai du bol car ils se sont arrêté à cause d’une panne de moteur ! Je cherche mes compagnons et ils nous déposent à notre coque alu. Nous retrouvons la 4L, la civilisation avec joie.

Boueux, crotté, on se fait une petite bouffe et on repars à la caserne. Bien sur Monsieur Brun qui a été un vrai boulet qu’il a fallu traîner, en fait une aventure qui l’avantage et qu’il raconte à qui veut entendre… Blondie a été la plus courageuse. Elle n’a craquée qu’arrivée à la 4L. Les jours suivants, ses ongles des pieds sont devenus noir et sont tombés ! Rassurez vous, ils ont repoussés ensuite. Bob a eu des moments dur mais il c’est repris. Quand à moi, j’ai adoré l’expérience. Voir et observer mes compagnons avec leurs phases de découragement, d’agressivité, d’abattement, les galvaniser, les sortir de là entier a été une enrichissante expérience. J’ai pu prendre conscience de mes qualités, j’ai pu observer les phénomènes de panique, j’ai découvert la vraie personnalité de mes compagnons et j’en suis sorti avec un goût prononcé pour l’aventure. J’en ai tiré de multiples enseignements qui m’ont empêché de retomber dans ce genre de galère plus tard …


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