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Quelques considérations et conseils sur les pénétrations en forêt profonde et sur la « randonnée » en Guyane.Vous avez tous entendu parler des deux « randonneurs » Guilhem NAYRAL et Loïc PILLOIS qui ont voulu rejoindre Saül à partir du Saut Grand Kanori sur l'Approuague. Perdus, ils ont refait surface après une cinquantaine de jours d'errances en forêt profonde. C'est un miracle qu’ils s’en soient sorti et j'espère qu'ils ne feront pas d'émule, car la forêt est avant tout un milieu difficile dans lequel la survie est problématique. Au moindre incident, ça tourne au cauchemar. C'est à cause de ce genre d'incidents répétés et suite à la disparition de Maufrais qu'a été créée la zone interdite. Trop de gens se perdaient, c'était trop coûteux d'aller les chercher, alors on interdit !
Par manque d'informations et fuyant le coté sensationnel exploité par la presse et les journalistes, je me garderais d'émettre une opinion sur leurs aventures, mais on peut déjà en tirer des enseignements. Saluons l'exploit qu’a été leur survie et tremblons que d’autres se lancent dans des aventures hasardeuses avec légèreté, car les chances d’en revenir sont minces…
Au moins 15 à 20 fois par an, des apprentis broussards plus ou moins expérimentés m'écrivent pour avoir des conseils pour partir faire des « 'exploits »', le dernier en date veut traverser la jungle sur
Randonner en forêt profonde ?
En Guyane, en forêt profonde, on ne randonne pas. La jungle n'est pas un lieu de randonnée, il n'y a pas de pistes balisées, pas de lieux touristiques à contempler. C'est un des derniers bastions de la nature et les lois de l'homme n'y ont pas cours. On y vit avec les lois de la nature et on ne peut pas tricher avec elle. On est fort et apte et tout va bien, on ne l'est pas et on disparaît... C'est une terre d'aventures où au-delà de la découverte d'un univers fascinant, la jungle, on se découvre avant tout soi-même. La moindre erreur peut être fatale, à vous ou à vos compagnons et aussi à ceux qui vont vous secourir. On est bien loin de la randonnée sur les GR français... On progresse, on layonne, on fait le point, on avance, tous sens en éveils pour déjouer les dangers permanents qui nous guettent, on souffre, on doute et on évite tous les faux pas. La survie n'est jamais acquise et seule une bonne connaissance du milieu et de ces dangers permet d'en éviter les pièges et de s'y mouvoir sans problèmes. Peut-on alors parler de randonneurs et de randonnées dans des conditions où l'on peut se retrouver en situation de dangers extrêmes ou de survie à tous moments ?
La préparation du raid :
- On part avec plus de vivres qu’il n’en faut et bien préparé. On ne sous-estime pas la forêt et on ne surestime pas son expérience. Face à la jungle, on apprend la modestie…
- On part avec l’indispensable, pas de superflu. Le poids est l’ennemi numéro un et mieux vaut avoir de la nourriture que des choses inutiles.
- On marque sa progression de manière efficace pour retrouver le chemin si l’on est contraint de faire demi-tour ou pour favoriser les recherches en cas de problèmes, ce qui semble ne pas avoir été le cas dans le cas des randonneurs, sinon ils auraient été retrouvés rapidement.
- En forêt, en layonnant, on peut avancer de 6 à
- Le doute et la panique sont les pires ennemis du broussard. Les amis se déchirent et cela arrive plus vite que l'on pense. On part préparé au pire avec des équipiers fiables sur qui l’on peut réellement compter et jamais seul. Il est judicieux d’avoir déjà testé ses équipiers dans des conditions de raid difficile avant afin de mieux les connaître. Personnellement, j’écarte les personnes dépendantes d’une drogue quelconque, alcool, tabac… ou ayant un caractère difficile.
La préparation des raideurs
Avant de partir faire le Robinson 10 ans en forêt, je me suis tapé 15 mois d'armée à Loubère, fait 2 expéditions d'exploration puis vécu avec des Indiens longuement pour acquérir les bases ! Malgré cela, j'ai failli mourir des dizaines de fois et en forêt rien n'est jamais acquis et chaque jour amène son lot d'aventures.
J'ai connu des bonshommes qui ne payaient pas de mine, calmes discrets, ils pouvaient vivre des mois en forêt seuls avec une poignée de cartouches et un sac de couac... prospecteurs miniers, forestiers, c’étaient des personnes qui avaient acquis leur expérience sur des années auprès d’anciens bagnards, Indiens et autres broussards et non pas en quelques randonnées…
Partir en « hors-piste » dans des zones inhabitées et ou aucun secours n'est à attendre ne s'improvise pas. Face à la forêt, il faut de l'humilité et de réelles connaissances pour s'en sortir sans bobos.
On ne peut pas partir en forêt profonde avec une expérience livresque ou de randonnée classique. Il faut avoir acquis les bases sur le terrain avec quelqu'un qui possède de réelles connaissances et qui pourra ensuite vous initier sur le terrain et l’apprentissage est long. Attention, en Guyane tout et son contraire se racontent et démêler le vrai du faux n'est pas facile... Vous rencontrerez 100 mythomanes et broussards d'opérettes pour un qui a de réelles connaissances... Ces charlots peuvent vous mettre en danger et vous laisser tomber au pire moment...
J'ai connu un zonard de Mana qui se disait guide de jungle et qui a abandonné deux touristes en pleine forêt, car ils étaient malades, ils s'en sont sortis par miracle. Un autre à Saül a terrorisé un groupe de touristes, des amis, avec des accès de paranoïa. Les touristes terrorisés ont écourté leur séjour en forêt. Quelques heures plus tard, le guide blessait son ''apprenti guide'' d'un coup de fusil de chasse avant de l'achever à la machette...
La jungle est dure et certains hommes qui y vivent sont de vrais animaux sauvages, dépourvus de tous principes moraux et ce qui est effrayant c'est que lorsque l'on ne les connaît pas ils peuvent paraître charmants et sympathiques !
Avant de s'aventurer en forêt, il faut en être conscient, être tout sauf naïf et prêt à en payer le prix.
Le meilleur y côtoie le pire, c'est vous par vos aptitudes et vos décisions qui ferez la différence entre un séjour merveilleux dans un temple de la nature ou une descente dans les abysses de l'enfer vert...
Tous les participants doivent être en bonne forme, apte à survivre, avoir un moral d'acier, savoir tout faire comme construire un bivouac, chasser, pêcher, soigner, cuisiner... et maîtriser tous les autres arts indispensables à la vie en nature sauvage.
La sagesse...
La majorité des « Broussards » se contentent d'aller dans des zones « balisées » comme suivre des fleuves ou rivières, en zone semi-habitée, suivre des pistes ou d'anciennes pistes avec des personnes déjà initiées et limitent ainsi considérablement les risques. La forêt y est aussi belle, accessible et en cas de pépin, les secours facile.
Monique fait le croquis d'une liane sur le haut Oyapock

Le Haut-Oyapock

Exploration d'une crique ou vivraient des Indiens ''sauvages''
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