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MA PREMIÈRE EXPÉRIENCE EN FORÊT AMAZONIENNE où comment je fis mon voyage de noces avant mon mariage... !Ma connaissance de la Guyane se limite à un ouvrage touristique, des romans. C'est pourquoi, lorsque Christian m'a proposé de partir avec lui pour deux semaines en novembre 1991, j'ai tout de suite accepté. Le temps de faire mes valises et après 9 heures de vol, nous atterrissons à l'aéroport de Cayenne-Rochambeau.
A l'arrivée, une chaleur suffocante m'envahit. Il faut dire que nos vêtements d'hiver n'arrangent pas les choses. Nous sommes à une quinzaine de kilomètres de Cayenne. Un ami à Christian vient nous chercher. Nous déposons nos bagages à l'hôtel. Alors que nous déambulons dans les rues de Cayenne, nous rencontrons une de ses amies. Curieuse, elle me demande si j'ai déjà beaucoup voyagé. Je lui réponds : "Oui, en Italie, en Allemagne, en Angleterre, un peu partout en France. Mais c'est la première fois que je pars aussi loin à l'étranger." Elle me regarde, les yeux exorbités. "Ici, ce n'est pas l'étranger, nous sommes encore en France". On pourrait m'appeler Gaston. Ce fut ma première gaffe.
Nous nous rendons chez un ami à Christian afin de préparer notre miniexpédition de 10 jours en forêt profonde amazonienne. Son copain habite à la campagne. Des chiens errants se reposent à l'ombre sous des carcasses de voitures. Quelques fois l'un d'eux se risque à faire un peu d'exercice sous un soleil de plomb. Mais ici, les véritables gardiens ne sont pas les chiens, mais les oies, et elles sont redoutables. Malgré la proximité de la ville, nous pouvons observer des singes.
Le lendemain, nous faisons à Cayenne nos achats de vivres, de cordages, de bâche plastique, bref de tout le nécessaire pour un séjour en forêt. Alors que nous nous rafraîchissons, nous rencontrons Pierrette. Cette femme vivace vit retirée loin de Cayenne. Elle a un petit bout de terrain, avec des bêtes, un étang, le minimum de mobilier, la porte toujours ouverte. "Pour dissuader les voleurs" dit-elle. Elle nous raconte avec toutes ses tripes, son mépris de la France, de son système politique. Elle ne vit pas dans le luxe, mais le luxe pour elle, c'est de vivre comme elle l'entend, de pouvoir faire ce qu'elle veut. Il est l'heure de prendre nos billets pour Saül, un petit village situé en pleine forêt. Après avoir pris un repas (abondant et à bon marché) dans l'un des nombreux restaurants chinois, nous retournons au PK 14 pour terminer la préparation de notre expédition. Nous aurons chacun un sac à dos avec 25 kg de matériel et de vivres.
Étant donné que nous avons quelques jours devant nous avant de prendre l'avion pour Saül, nous décidons de rendre visite à un ami à St Laurent du Maroni à 250 km de là. Nous prenons nos affaires et faisons du stop. Une personne nous emmène jusqu'à Kourou. À Kourou nous refaisons du stop. Deux Bonis sont à quelques mètres. Un taxi bus s'arrête. Il prend les 2 Bonis et nous fait signe de venir. Nous lui expliquons que nous n'avons pas d'argent sur nous et que nous ne pouvons pas prendre de taxi. Le chauffeur nous fait signe de monter. Nous ne voulons pas le frustrer. À chaque village, il s'arrête pour aller boire une bière et à chaque fois il nous en paye une. Enfin, à l'entrée de St Laurent, il nous dépose. Décidément très sympathique, il nous offre les quelque 180 km de route.
L'ami de St Laurent du Maroni vit en bordure de la forêt dans un petit bungalow. Des chauves-souris sont installées dans le faux plafond et dans les cloisons et produisent tout un tas de bruits inquiétant... L'après-midi, nous allons faire un tour en "ville". Le marché est coloré et les fruits appétissants. Nous nous rendons au bagne. Les cellules, étroites, les unes à côté des autres, sont vides, mais j'en suis sûre, pleine de souvenirs. D'autres cellules appelées blockhaus sont conçues pour contenir des dizaines de personnes. Des surfaces de béton font office de lit, une couche de béton supplémentaire représente l'oreiller. Au bout du "lit", un anneau de ferraille... Aujourd'hui, ce ne sont plus les détenus qui se trouvent dans les cellules, mais des squatters...
Il est déjà l'heure pour nous, de rejoindre Cayenne. Demain, nous prenons notre avion pour Saül. Nous faisons du stop. Un Guadeloupéen s'arrête. Il habite la banlieue de Cayenne, prés de l'aéroport. Cela tombe plutôt bien. En cours de route, nous nous désaltérons. Je crois que ne n'ai jamais bu autant de bière de ma vie. Mais l'alcool ne me fait pas d'effet. La chaleur peut-être. Arrivé chez lui, il nous invite à prendre un verre. Puis, il nous invite à manger avec lui au restaurant chinois. Enfin, il nous propose de dormir chez lui. Le lendemain, il nous accompagnera à l'aéroport. Nous acceptons volontiers. Avant de se coucher, il nous offre à boire. Il me propose un jus de coumou (fruit de palmiers). Cela changera de la bière. Après une bonne nuit de repos, nous partons tôt le matin pour Rochambeau.
Beaucoup de monde déjà à l'aéroport. Pourtant, pour Saül, il n'y a que 10 personnes. En effet, c'est un petit avion qui nous y conduira. Nous nous installons à l'avant de l'avion. Nous pouvons voir le pilote et son copilote. Le moteur donne toute sa puissance maximum. Puis, il décolle. Nous sommes cloués au siège. C'est impressionnant. Nous survolons déjà la forêt. C'est magnifique. La forêt est dense, touffue. Des fleuves, des rivières se frayent un chemin difficilement au travers de la végétation. Sur la cime des arbres, des fleurs colorées ou peut-être des aras ? Le spectacle est grandiose... J'ai un léger malaise. Ce doit être le mal de l'air. Le pilote et le copilote s'agitent tout d'un coup l'air inquiet. Ils discutent puis vivement tapent sur les écrans de contrôle. Les passagers sont calmes. Je regarde les moteurs. Pas de signes particuliers. Que se passe-t-il ? Au bout de 2 heures de voyage, nous arrivons à Maripasoula, village frontière entre le Surinam et la Guyane française sur le haut Maroni. Ici il n'y a pas vraiment d'aéroport, mais une piste en herbe et un abri style '' abris-bus" pour les passagers. Nous descendons de l'avion, le temps de nous dégourdir les jambes. Heureusement d'ailleurs, car nous apercevons un de nos bagages posé à terre. Il est aussitôt convoité par un vagabond qui s'en saisit et part avec d'un pas rapide, heureusement Christian veille ... In extremis, nous le récupérons et nous les faisons remettre dans l'avion. 20 minutes après, nous atterrissons à Saül.
La piste d'atterrissage est boueuse. Une minicamionnette charge les bagages. Le village est à 15 minutes à pied de là. Très pittoresque d'ailleurs, avec un chemin sablonneux en guise de route, des habitations-carbets, faites de bardeau de Wapa. On y trouve un dispensaire, une bibliothèque (la bibliothèque de France qui prête le plus de livres par habitant), la poste qui fait office de bureau de réservation des billets d'avion et aussi de "cabine téléphonique", la mairie, la gendarmerie et l'église, en bois. Les éternels chiens créoles ne manquent pas et nous voyons même un petit singe attaché au bout d'une corde. Les habitants se retrouvent chez l'un ou l'autre et discutent ou regardent avec curiosité (ou amusement) les "nouveaux". Nous passerons la nuit ici. Une personne loue des carbets un peu plus loin. Il suffit d'y mettre son hamac. Nous y allons. À côté de nous, des Suisses allemands recherchent des grenouilles (des dendrobates). Nous discutons un peu. J'ai de plus en plus mal au ventre. Farid vient nous voir. Il habite au bord d'une crique à une heure de marche. Il a une plantation et voudrait vivre d'artisanat. Je vais de mal en pis. Tout ce que je mange, je le rejette. J'ai atrocement mal au ventre. L'infirmière du dispensaire vient nous voir. Elle a très peu de médicaments et ne peut pas faire de diagnostic. Étant ex-institutrice, elle n'a pas vraiment les connaissances médicales nécessaires, par contre, sa bonne volonté compense et fait des miracles. Nous supposons que c'est le jus de coumou d'hier, qui n'était sûrement pas très frais. Nous essayons de passer une bonne nuit afin de pouvoir partir demain matin.
Nous nous réveillons au lever du jour. Ça ne va pas mieux. Christian a également des maux d'estomac. Nous allons voir l'infirmière du dispensaire. Il faut que nous partions, nous ne pouvons pas nous permettre de rester plus longtemps. L'infirmière nous donne alors tout ce qu'elle a, vitamines, aspirines... Fatigués, nous prenons le sentier qui nous mène à la forêt. Nous avons choisi de prendre l'ancienne piste de Bélizon jusqu'à la Mana. Il y a une cinquantaine d'années, elle était carrossable. La forêt a repris ses droits, les ponts ont disparu et il reste un sentier difficile à trouver et à suivre par endroits. Notre mauvais état physique rend plus pénible l'effort. Après 7 km de marche, nous pourrons atteindre "Eaux Claires". Un camp qui accueille des touristes. Seulement, 7 km de marche en forêt n'est pas une chose facile. Le paysage est fabuleux. Des perroquets aux couleurs chatoyantes nous survolent par couples. Nous faisons une halte pour manger et observons des crabes d'eau douce, de la taille de nos tourteaux. Un bruit dans les feuillages nous fait tourner la tête. Nos voyons deux hoccos (sorte de dindons sauvages) qui, curieux, s'approchent de nos sacs et de notre fusil.L'un d'entre eux, maladroit picore la crosse du fusil et le fait tomber. Heureusement, il n'est jamais chargé. Un peu plus loin, alors que nous approchons d'Eaux Claires, nous faisons une dernière halte. Nous posons nos sacs près d'un écriteau sur lequel est inscrit : "Terrain privé, chasseurs, cassez vos fusil". Nous écoutons ces bonnes paroles. Aussitôt, un écureuil s'approche de nos sacs et escalade avec curiosité notre sac à dos.
Nous arrivons enfin à Eaux Claires. Des petites cabanes sont aménagées, au milieu d'hibiscus. Il y a aussi des carbets où les voyageurs peuvent accrocher leurs hamacs. Nous y passons la nuit, bercés par le croassement des crapauds-buffles. Au lever du jour, le groupe électrogène se met en marche. Le son de la télé couvre les bruits de la forêt. Nous payons notre nuit et nous nous mettons en marche pour la crique St Éloi, à 10 km de là. En route, nous rencontrons 2 chasseurs. La beauté de la forêt nous fait oublier la fatigue. Le chemin est de plus en plus raide. La fatigue devient de plus en plus intense. J'ai à nouveau mal à l'estomac. J'ai des vertiges et des éblouissements. Je tiens à peine debout. Je suis tellement minée par la maladie que je ne peux plus porter mon sac. Nous ne pouvons plus continuer ainsi. Christian prend son sac, marche une demi-heure et revient en courant me chercher. Je reste sur place pour me reposer et je l'attends inquiète de rester seule dans la jungle. À son retour, il me soulage de mes bagages et m'aide à marcher jusqu'à son sac. Nous cheminerons ainsi à plusieurs reprises. Le terrain est très accidenté, des arbres morts jonchent le sol et nous devons franchir des ruisseaux dans la boue ou sur des arbres couchés et nous frayer à quelques reprises un passage à la machette. Nous atteignons la crique St Éloi après une demi-journée de marche.
La crique est d'une beauté sauvage et paisible. Une eau cristalline et vivifiante y coule au milieu de quelques roches. Une plage de sable jaune étincelle au soleil, et l'eau est suffisamment profonde pour s'y baigner. Un camp de brousse est aménagé. Nous y mettons nos hamacs. Un tronc d'arbre fait office de banc. Mais il faut faire attention avant de s'asseoir, qu'il n'y ait pas de serpent ou de scorpions.... Nous faisons notre repas du soir et nous nous installons pour dormir. Christian dort déjà comme un loir. Moi, je ne peux pas fermer l'œil et pourtant j'ai sommeil. J'entends le hurlement des singes hurleurs au loin, le croassement des crapauds-buffles... C'est complètement idiot, je n'arrive pas à fermer l'œil à cause de bruits naturels, alors que le bruit des Klaxons de voitures, de sirènes d'ambulance ne me fait rien. En fait, c'est la faute à tous les romans que j'ai pu lire sur la Guyane. J'imagine des serpents rampants sous mon hamac, des jaguars, des pécaris, des bêtes énormes... Le matin, au lever du soleil, j'entends un bruit, une vibration. Je n'ose pas ouvrir les yeux. La peur de l'inconnu me paralyse, j'imagine le pire... Qu'est-ce ? Le grognement devient de plus en plus fort. Finalement, j'ouvre les yeux, je lève la tête, et là, je découvre avec stupéfaction que le grognement provient en fait des battements d'ailes d'un minuscule oiseau-mouche, un colibri. Il est à la recherche d'une fleur à quelques dizaines de centimètres de moi quel spectacle éblouissant. Au travers les mailles de la moustiquaire du hamac, j'aperçois Christian au bord de la rivière en train de préparer le petit-déjeuner.
Après un solide petit-déjeuner, nous consacrons la journée à la pêche. Nous allons pêcher l'aïmara. J'essaie d'attraper des papillons qui dès le matin traversent le bivouac et me frôlent très près. En vain : nous n'avons ni poissons, ni papillons. Le produit de la pêche ne nous permettant pas de faire un repas, nous faisons une sieste. Christian a planté une perche de bois dans l'eau devant un trou d'eau où l'aïmara à l'habitude de s'embusquer. Au bout de la "ligne"constituée d'une cordelette Nylon tressée, un poisson mort. Nous commençons tout juste à sombrer dans un sommeil réparateur, lorsque nous entendons un grand bruit dans l'eau. Ça y est, ça mord. Nous accourons vers la crique. Un aïmara énorme saute en tout sens prisonnier de la ligne. Christian avec prudence s'en saisit et le sort de l'eau. Il pèse plus de 7 kg une fois nettoyé. Christian le découpe, le nettoie et nous allons le boucaner. Je sale les morceaux, et je les place sur notre boucan de fortune. Ce sera mon repas du soir, Christian ne mange pas de poisson !
Le lendemain, nous prenons la canne à pêche, le filet à papillons. Christian prend des cartouches, son fusil, un calibre douze, un coup, et une boussole. D'habitude, il ne prend jamais d'arme en forêt, c'est seulement pour me rassurer qu'il en a une cette fois-ci. Nous avançons dans la forêt, le long de la crique. Ce chemin a déjà été emprunté. Nous pouvons suivre d'anciens layons. Soudain, nous entendons du bruit dans des taillis devant nous. Nous nous approchons et nous voyons une dizaine de pécaris. Les animaux s'enfuient. Nous continuons notre chemin vers la crique. Au bout d'un instant, nous entendons à nouveau du bruit. Christian est à 5 mètres devant moi. Nous apercevons encore le troupeau de pécaris. Ils sont à 20 mètres. Christian me fait signe de me baisser. Nous les observons. Tout à coup, un pécari, le plus gros, fonce droit sur nous. Il nous charge, suivi de toute sa bande. Christian se lève, tire, recharge en un éclair et épaule de nouveau. Nous ne voyons plus rien. Tout est calme. Soudain, un pécari se montre et nous regarde menaçant. Que faut-il faire ? Est-ce le pécari sur lequel on a tiré ? Est-il blessé ? Est-ce un autre ? Va-t-il charger ? Christian pointe son fusil vers lui. Le pécari s'enfuit. Nous avançons doucement. Derrière un arbre, nous voyons un pécari couché. Il est énorme. Il bouge encore. Christian tire. Il le bouscule un peu du pied. Il bouge encore. Il tire encore un coup. Il bouge toujours. Un autre coup. Ça y est, il est mort. Le comble est que nous n'avons qu'un canif pour le dépecer. Nous n'imaginions pas revenir au campement avec autant de viande. Nous avons maintenant au moins 40 kg de viande pour 2.
Il ne nous reste plus qu'à le porter jusqu'à notre carbet. Christian le porte sur son dos. Il est très lourd. Trop lourd. Il le traîne par terre. C'est horrible. Des traces de sang sur le sol montrent notre passage. Il n'est pas facile de retrouver notre chemin. De nombreux layons ne nous permettent pas de retrouver la crique. Une lumière attire notre regard. Nous marchons dans cette direction. Mais il ne s'agit que d'un arbre mort au sol. Christian sort sa boussole. Nous devons nous diriger vers l'Est. Nous marchons, marchons. Il fait chaud, le pécari est lourd. Nous le laissons pour le reprendre plus tard. Ainsi, notre marche sera plus facile. Nous atteignons enfin la crique. La seule solution pour retrouver le carbet rapidement est d'y aller par l'eau. Je ne suis pas trop enchantée. Des images défilent dans ma tête. Les anacondas, les raies, les caïmans... Mais c'est le seul moyen, la végétation est trop dense. L'eau nous arrive jusqu'aux cuisses. L'eau est trouble, il a dû pleuvoir en amont. Nous n'y voyons rien. Je suis crispée. La peur, la fatigue, le fait de ne pas savoir sur quoi je pose le pied. Après un long moment de marche, nous apercevons le sentier qui longe la crique. Nous sortons de l'eau pour l'emprunter. Je dis à Christian que je me sens très lourde. Il se retourne. "Pas étonnant, me dit-il, vide l'eau de ton sac et de tes poches, ça ira mieux."
Nous atteignons le camp. Au débarcadère, nous voyons un crapaud-buffle. Étrange, d'habitude il ne sort que le soir. En fait, tout près, nous apercevons un serpent d'un bon mètre cinquante qui le menace. Nous crions, agitons les bras et le serpent, craintif, fuit en se faufilant dans les broussailles à notre approche. Christian prend une machette, un couteau et repart dépecer l'animal. 2 heures après, il revient, son sac rempli de viande. Nous boucanons le pécari. Le soir, nous avons un repas de roi. C'est délicieux. Le lendemain, nous apercevons, cette fois, un bébé serpent dans l'eau. Peut-être un petit anaconda.
Déjà, c'est l'heure de revenir sur Eaux Claires. La marche est plus agréable. Nous avons moins de choses dans les sacs. Nous ne sommes plus malades. Dans l'après-midi ,nous y arrivons. Nous avons le temps de nous baigner dans la crique fraîche et de faire un peu de farniente. Le lendemain, nous repartons pour Saül. Nous faisons une visite à notre ami Fred. Nous lui laissons notre fusil, il en aura plus besoin que nous. Nous voyons l'infirmière, elle est réconfortée de voir que nous allons mieux. Nous apprenons enfin pourquoi le pilote et le copilote étaient si nerveux à l'aller et tapaient sur les écrans de contrôle. En fait, l'un des moteurs agonisait. Réconfortant.
Il est temps de se diriger vers l'aéroport. Toutefois, notre avion a 1 heure de retard. Heureusement, nous avons emmené le Mastermind. Nous arrivons à Rochambeau sans incident. Le voyage s'est mieux déroulé qu'à l'aller. C'est fou ce qu'il fait plus chaud près des grandes villes qu'en pleine forêt. Nous avons besoin d'un taxi. Seulement, notre avion ayant 1 heure de retard, nous ne voyons plus de taxi. Nous quittons à pied l'aéroport et rejoignons la route la plus proche, mais elle n'est pas très fréquentée. Après une heure d'attente vaine, nous voyons un taxi venant de Cayenne se diriger vers l'aéroport. Nous lui faisons signe, il répond à notre signe par un geste de la main et s'éloigne vers l'aéroport. Un autre taxi nous joue le même tour. Après une heure d'attente, le premier taxi vient nous prendre sur le bord de la route. Ce petit trajet, nous ne l'oublierons jamais. Il a sa propre façon de conduire, le pied à fond sur la pédale. À chaque carrefour, à chaque rond-point, soit il s'arrête au milieu de la route, soit il regarde à droite, mais pas à gauche ou inversement. Par miracle plusieurs collisions inévitables n'ont pas lieu. Nous essayons d'engager une conversation, mais il ne nous répond que par des hurlements inarticulés et incompréhensibles. En entendant un de ses amis sur sa radio de taxi, il crie dans son micro couvrant le bruit du moteur et Dieu sait que son moteur était bruyant ! Enfin, nous arrivons à l'hôtel. Nous avons mérité un bon repos. Nous passerons encore un jour à Cayenne. Le lendemain tôt, nous repartons pour Nancy.
Mon premier voyage en Guyane fut court. Mais, j'ai compris une chose. Là-bas, le mot "vivre libre" a tout son sens, du moins en forêt. Il n'y a plus de contraintes d'argent, de temps, d'horaires... Nous vivons en communion avec la forêt. Nous prenons plus de recul sur les choses. L'aspect matériel n'a plus d'importance. L'entraide est importante. On ne vit plus pour soi, mais avec les autres. J'ai hâte d'y retourner et à l'heure où vous lirez ces quelques lignes, j'y serai certainement... en pensée dans le pire des cas !